Il m'avait déjà vu passer une fois, sans rien me dire. Pourtant il m'avait donné cette étrange sensation d'attente. De m'attendre, moi. Ce n'est qu'à mon deuxième passage que je l'ai remarqué. Nous ne nous sommes pas parlés. Nous nous sommes fixés. Il était vieux mais avait l'air d'avoir devant lui un peu de l'éternité. Indétrônable. Je me suis approché, pour écouter son silence. Je me suis ensuite posé dos à lui. Mon dos, mes jambes contre son tronc. Puis je me suis retourné. D'abord mon front collé à l'écorce, puis mon torse et puis tout le reste. Je finis par coller l'oreille. Ce n'est pas une respiration que l'on entend, c'est un silence. Un bruit de peu, unique. Je le serrais fort dans mes bras qui n'arrivaient pas à faire le tour de sa circonférence multicentenaire. J'étais petit. Ce grand silence contre moi, je ne l'oublie pas. Dans la ville, j'y repense. Je suis petit, tout petit.
Joseph d'Anvers - Le continent






2 commentaires:
Je vois un effet miroir entre ce billet et celui d'hier. Deux styles différents, une seule et même thématique.
Ici celle du caractère sacré régénérateur de l'arbre qui est vertical, qui pousse qui perd ses feuilles et qui les récupèrent: il meurt et renaît d'innombrables fois. (Mircea Eliade)(je le ressens comme étant dans la droite ligne des billets des semaines passées)
Là celle de la mer... le côté impressionniste de l'écriture (je ne sais pas si le terme est exact, mais il me rappelle les toiles impressionistes) fait murmurer le va et viens des vagues. Et j'y vois aussi cette évocation de la régénération avec le chambardement intérieur qui l'accompagne.
Me voilà vivifié pour le reste de la journée. Merci :)
jed
Un bien joli moment en apesanteur...
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