Elle était là, juste à côté, elle dormait, il entendait son souffle doux, il ne se surprenait plus de sa présence; juste, elle était là. Lui n'arrivait pas à trouver le sommeil et se demandait depuis combien de temps ils n'avaient pas fait l'amour. Il ne s'en était pas rendu compte jusqu'ici, mais il ne touchait plus sa femme, et inversement. Il situait leur dernière étreinte à cinq années auparavant. Troublé par ce constat, il prenait le temps de la réflexion.L'insomnie avait cet avantage : la nuit, tout était calme dans la maison, même avec l'être aimé à côté, il avait l'impression d'être seul au monde.
Il l'aimait, après 30 ans de vie commune, il l'aimait. Pleinement, tendrement.
Au début ils faisaient l'amour sans cesse. Tous les jours et de manière très dense. Mai 68 était passé par là. Et puis le printemps libéré s'est envolé, leurs contacts physiques se sont raréfiés. La vérité, songeait-il en repensant à ses propres parents, c'était que passé un certain nombre d'années les relations se transformaient. Le sentiment d'amour prenait un tout autre sens. Les enfants avaient grandi puis étaient partis. Dans la maison, il ne restait plus qu'eux dans la chambre et les vieux chats endormis sur le canapé du salon. Et la lune qui veillait sur eux par dessus le toit.
Entre eux, les choses se passaient désormais au delà du lit. Une infinie tendresse et un respect profond pour ce qu'ils avaient accompli ensemble. Il se disait qu'il était peut-être temps de refaire l'amour. Revoir leurs deux corps, désormais matures, enlacés. C'était peut-être cela qu'il recherchait : une étreinte avec le temps qui passait.
Merci, Valérie, de m'avoir donné l'envie d'écouter cet album sobre, inspiré et inspirant, "Nos lendemains". Merci.
Découvrez Isabelle Boulay!










