dimanche 25 mai 2008

Les malades magnifiques

Sous la neige, ils savaient. Les vies cabossées, les rivalités familiales, les amours cachés et/ou désespérés. Ils savaient que tout cela avait une fin, bien conscients que c'était le lot d'une vie, le chemin sinueux et commun. Ces malades ont cela de magnifique en eux, qu'ils ne négligent pas la question de l'âme et de l'être, ils la dépassent avec une légèreté et un recul confondants de dignité. Une certaine idée de l'élégance dans les derniers instants, remplis de fraîcheur.


Nina Simone - Feeling good

samedi 12 avril 2008

Le port lointain

Quelques gouttes de mer, un foulard qui s'envole sur l'itinéraire du marin. Reste dans la main, serrée, une poignée de sable d'où s'échappent les grains, comme un souvenir vague mais intense.

free music

samedi 29 mars 2008

Eclosion

Un nénuphar vient d'éclore. Nénuphar. Un mot qui en contient trois : nez, nu, phare. C'est son parfum qui vous caresse le nez. C'est son dépouillement qui vous surprend, une plante toute nue. C'est le point de lumière blanche sur l'eau, phare de l'étang.

free music

mardi 25 mars 2008

Bavardages essentiels (5)

Merci à toi, qui sais.

- Tu aimes voir quoi dans un regard?

- De la tendresse, de la profondeur, de l'ébahissement, comme un gamin qui s'émerveille devant quelque chose ... ça me touche particulièrement.

- C'est vrai qu'elle est jolie cette image de l'enfant émerveillé. Moi, par dessus tout, la gratitude, les regards remplis de gratitude, de reconnaissance sont mes préférés. Après, juste après, j'aime les yeux qui cherchent et qui doutent, les regards perdus. Je les aime parce qu'ils sont durs à attraper, ils s'envolent au détour des instants mais ils sont d'une telle profondeur ces regards là que lorsque j'en surprends ne serait-ce qu'un seul, il me hante pour la semaine entière. Et il m'arrive, quelques mois plus tard, d'y penser encore.


Gonzales - Manifesto

samedi 15 mars 2008

Zone solitaire

Il y a des lieux que l'on ne peut pas franchir. Il existe pour qualifier ces endroits interdits le nom de « zone militaire ». De la même manière à la frontière du doute et de l'égoïsme se situe la zone solitaire. Un de ces territoires intimes qu'on n'a, pour des raisons diverses, ni la volonté, ni l'envie de partager. Ce n'est pas un état permanent, c'est un pays un peu sinistré, où l'instant se transforme vite en souvenir, où la mélancolie est citoyenne active, où l'incompréhension d'autrui règne. C'est un langage uniquement maitrisé par soi. Voilà pourquoi la zone restera solitaire, personne ne veut et ne peut s'y attarder sous peine d'y perdre des plumes.


Gérard Manset - Il voyage en solitaire

samedi 8 mars 2008

Parce que (itinéraire de la main)

Une main dans les cheveux
Passée lentement un peu
Parce qu’on se voit trop peu
Parce qu’on se sent pas mieux
Et puis partir enfin

Une main dans l’autre main
Croisées en des doigts fins
Parce que le brouillard demain
Parce que pas trop faim
Et puis partir enfin

Une main sur la joue
Posée au coin d’un œil flou
Parce que les jours fous
Parce que les nuits jouent
Et puis partir enfin


Une main sur le torse

Frôlé avant l’entorse
Parce que sur le cœur l’écorce
Parce que plus la force
Et puis partir enfin


Une main dans le dos
Glissée le long de la peau
Parce que trop tôt
Parce que tombe l’eau
Et puis partir enfin


Une main dans les cheveux, une main dans l’autre main, une main sur la joue, une main sur le torse, une main dans le dos… Et puis partir enfin…


Texte écrit le 10 janvier 2006.

samedi 1 mars 2008

Bavardages essentiels (4)

- « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part », tu connais cette phrase ?

- Oui, je la connais, c’est le titre d’un bouquin, d’Anna Gavalda, si mes souvenirs sont bons.

- Oui, c’est ça. J’ai pas lu le bouquin mais je l’aime beaucoup cette phrase « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part ». Ce qui me plait, c’est le côté non déterminé de la phrase.

- Le côté non déterminé ? Dis donc, t’es jamais fatigué toi hein…

- Je t’explique ?

- Vas y…

- Ce titre c'est l'idée que rien et tout est possible. C'est le flou total. Ce titre sous entend la solitude. C'est en fait un faux souhait. Rien que de pouvoir dire ça, c'est dire qu'on aime être seul et en même temps croire qu'il y a des eaux intermédiaires dans lesquelles se baigner, des branches instables sur lesquelles s'assoir malgré tout, des ailleurs insoupçonnés à essayer. Les jours seront tristes, mais de temps en temps il y aura la lumière. Une lumière qui n'aura rien à voir avec la croyance ou la foi. Ce sera une clarté simple, celle retrouvée de l'homme, qui éblouira. Un rayon de soleil fragile, une lueur, qui demain feront croire que les yeux brilleront à nouveau fort et loin.

- Ouais enfin, c'est pas pour demain.

- ...


Jean-Jacques Goldman - Veiller tard